Je fais partie de ceux et celles qui ont passés entre les mailles du système. De ces personnes qui ont toujours été un peu originales, mais qui n’ont jamais été suffisamment « dérangeantes » en classe pour que les professeurs s’en plaignent. À l’école, mes notes étaient suffisantes, quoique qu’ordinaires. Je n’écoutais pas parce que je dessinais. C’est d’ailleurs ainsi que je me suis amélioré en dessin.

Je crois avoir été consciente assez tôt que j’étais différente des autres. Au primaire ça ne m’affectait pas trop, mais au secondaire… Je semblais visiblement ordinaire, au premier regard, mais après quelques échanges on devinait que j’étais une intruse. J’ai vécu de l’intimidation. Comme pour beaucoup d’autres personnes Asperger, « l’enfer était devenu les autres ».

Le diagnostic pour moi, c’est une délivrance. Comme si finalement, après tant d’années, je pouvais me pardonner d’être qui je suis, m’accepter et me respecter. Je ne suis pas « défectueuse ». Je suis seulement différente. Après presque 3 décennies j’ai enfin trouvé le bon guide d’utilisation, le mien. Si on compare un ordinateur Apple et un PC, on remarque que les deux sont fonctionnels, mais on ne peut utiliser les mêmes logiciels, car les encodages sont différents et l’interface diffère également. Les deux ont leurs forces et leurs faiblesses.

Même si je me suis sentie décalée toute ma vie, ça ne m’a pas empêché de poursuivre des études universitaires. Ce décalage, aussi ridicule que cela puisse paraitre, m’a toujours amené des tonnes de remises en questions et une multitude de raisons de croire que je devais me mettre à part pour ne déranger personne. Maintenant, je comprends que les gens puissent m’aimer comme je suis, même si parfois ils me regardent comme si je venais de parler dans une langue complètement étrangère.

Comme je suis étudiante en danse je ne cacherai pas que j’ai eu à surmonter plusieurs embuches au courant de mes études. Cependant je dirais que la danse m’a probablement sauvée. Ma bulle d’autiste a été plus d’une fois enfreinte, mais ma confiance en moi, elle, a décuplée. Je dirais que ce choix de carrière est contre-intuitif selon mon syndrome. Ma zone de confort est sans cesse déchirée et poussée à s’agrandir toujours plus. Et pourtant, c’est ce qui me donne le gout de vivre. Est-ce le dépassement de soi ? Est-ce parce que c’est un moyen expressif ? Est-ce parce que bouger et danser m’aident à contrôler mes surcharges sensorielles ? Je ne sais pas, mais la danse m’a fait prendre conscience de mon corps comme jamais et elle m’a fait sortir de ma bulle. Je crois pouvoir accéder à un meilleur équilibre personnel grâce à ce domaine.

Lorsque je prends du recule et que je repense à tous les progrès que j’ai fait dans les 20 dernières années, je dirais que je ne peux être plus qu’heureuse d’être où je suis rendue aujourd’hui. La vérité c’est que je n’aurais jamais pensé être assez bonne et assez intelligente pour aller à l’université et pourtant, en ce moment je pense à poursuivre mes études au 2e cycles. Le secret c’est qu’il n’y a pas qu’une sorte d’intelligence et ce n’est pas parce que les autres nous font ressentir comme un imbécile que c’est vrai. Il y a aussi plus d’une façon d’apprendre. La clé est de toujours croire en soi et d’avoir des rêves. Mais si personne ne nous encourage, c’est souvent difficile d’y croire soi-même.

-Un de mes plans est d’écrire des livres pour enfants, visant à expliquer l’autisme aux enfants et rendre ce sujet plus accessible.

-Je veux devenir interprète en danse et peut-être même chorégraphe. Je sais que ma différence ne me l’empêchera pas.

-Je veux faire une maitrise liant l’apprentissage en danse et le syndrome d’Asperger.

-Je veux donner une meilleure image de l’autisme.

Dessins :

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