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Je m’appelle Coralie Adato. J’aime ce nom car il me rappelle mon grand-père pour lequel j’avais une grande affection ainsi qu’une grande admiration. J’aime ce nom aussi parce qu’il m’a toujours permis de me reconnaître très vite en haut d’une liste et donc de savoir aussi très vite où les autres avaient décidé de me ranger…

Je n’aime pas les petites cases.

Pourtant case départ :

Je suis née à Rouen, en France, en Normandie le 21 juillet 1975 ….. une date importante ce 21 juillet … premier homme sur la lune quelques années auparavant …. Et ça, ça m’a toujours marquée …. J’ai appris par la suite que Coralie était la fusée qui avait précédé Ariane mais qui hélas avait refusé de décoller … Je dois avoir de cet ancêtre en moi… Bref j’ai du mal à décoller et j’adore la lune.

Je suis née une nuit de pleine lune, et j’y suis très sensible …

Jeux d’enfant : solitaire, je m’ennuyais très vite au milieu des autres et ma façon de comprendre était trop différente pour que je puisse rester dans les groupes… ou les autres partaient, ou c’était moi… J’aimais observer la nature, regarder les oiseaux voler, jouer avec des jouets à fil: yoyo, marionnettes, jokari… à la marelle aussi car la chanson  » de la Terre jusqu’au Ciel  » m’a toujours fascinée.

J’avais du mal à rentrer dans le monde intérieur des autres, suivre les initiatives, les règles extérieures …. je souffrais intérieurement et je trouvais des stratégies pour me calmer….

Je cultivais ma musique intérieure, je me plongeais dans les sonorités de la langue que je faisais claquer seule dans ma chambre en décomposant les mots en syllabes, en lettres, je colorais mon monde avec les petites notes de mon violon, la musique de mes leçons apprises en chantant, je jouais avec l’écorce auditive et visuelle des mots… mes carnets se remplissaient de poèmes que je lisais seule à haute voix.

Poésie et musique ne m’ont plus quittée.

Parcours

J’ai été longuement et à plusieurs reprises hospitalisée pour des troubles alimentaires atypiques et violents. Souvent contre mon gré… un diagnostic de psychose a été posé…. Entre deux séjours à l’hôpital, je faisais mes études au lycée et de littérature comparée à l’Opéra et linguistique à l’université où le parcours a été adapté pour que je puisse passer mes examens seule et avec un tiers temps du fait de mes problèmes de concentration aggravés par le bruit des autres mais surtout par la médication.
J’ai eu mon concours de professeur des écoles, j’ai commencé en milieu spécialisé auprès d’enfants autistes et psychotiques et sourds de surcroît, hôpital des enfants malades puis après une reconnaissance de travailleur handicapé, j’ai obtenu un poste adapté avec fonctions pédagogiques dites exceptionnelles vue mon incapacité à tenir au milieu de mes collègues, des classes surchargés en banlieue violente… je n’ai pas tenu, le monde éducatif était trop complexe et je n’arrivais pas à trouver ma place.

Ancrage en milieu hospitalier.

Je finis au même endroit, en hôpital fermé, mise «  sous protection »… un accident au milieu avec traumatisme crânien – qui a beaucoup changé aussi mes perceptions et je perds définitivement mon emploi. Je suis mise en retraite anticipée pour invalidité. Je passe beaucoup de temps dans ma bulle inscrite dans une autre bulle: un hôpital de jour où je me sens toujours très mal et différente des autres, incapable de partager les activités collectives inadaptées à mes besoins. L’équipe malgré tout est soutenante.

Tournant.

J’y croise un médecin qui un jour pose un « arrêt »:  » je suis sûre que vous êtes asperger et que votre place n’est pas ici. »
Arrêt brutal et décisif pour moi… je passe les détails des conséquences qui m’ont poussée à m’isoler, partir à l’étranger dans des conditions difficiles pour moi, faire le point sur mon parcours et compiler mes dossiers, déménager plus au Sud pour prendre de la distance avec ce passé, rencontrer des professionnels – qui n’en sont pas tous- en CRA, passer des tests, trouver un suivi complémentaire à l’équipe précédente pour terminer avec la reconnaissance de mon autisme atyique – du fait de mes diagnostics précédents, – apparenté asperger du point de vue profil cognitif adulte, avec hyperpotentiel verbal.

Perspectives

J’ai commencé à poser un bout de mon fardeau, à le décrypter plus logiquement malgré une instabilité encore persistante… Avec ce nouvel éclairage, je décide de reprendre une formation musicale à temps presque plein, je suis admise en chant lyrique, piano formation musicale et chœur de femmes au conservatoire. C’est très difficile pour moi de reprendre confiance mais là la direction et les professeurs sont au courant me concernant et je me sens enfin intégrée malgré mes difficultés à aller vers les autres en dehors des temps musicaux… en dehors, je continue à jouer avec les sonorités des mots… et je partage mon dernier temps libre avec les oiseaux qui viennent vers moi très souvent, ma minette de 18 ans… j’ai aussi une solide formation continue en naturopathie, je me passionne pour les vertus des plantes sous toutes leurs formes et la Nature est pour moi la première conseillère. Je suis proche du veganisme et attachée à la notion d’anti-spécisme.

J’espère trouver du soutien et peut-être en donner à certains aussi car nous avons tous des points forts dans des domaines et j’aime beaucoup l’idée d’échanges de « savoir »…

J’aimerais juste avoir le droit d’être heureuse dans ma différence… je n’ai pas pu garder mon travail, mon parcours m’a fatiguée mais j’ai maintenant envie de développer cette fibre artistique et sensible que je retrouve chez plusieurs membres ici et je me réjouis de me joindre à ce groupe en espérant pouvoir apporter une petite contribution positive au fur et à mesure que je reprendrai confiance …

J’ai un blog à partager où j’expose quelques-uns de mes textes souvent lus à haute-voix et quelques dessins….

https://loindespetitescasesjevis.wordpress.com/

Je partage ici un de mes poèmes de 2016 que vous pouvez aussi écouter en deux versions orales improvisées :

http://vocaroo.com/i/s0bnlGIxfYPl

http://vocaroo.com/i/s14LTugwgmS1

Des mots qui n’servent à rien

Des mots sans lendemain
Des mots à demi-mot
A bas mot peints en gros
Des mots que l’on fredonne
Des mots qui s’embourdonnent
Que chantent les abeilles
Au creux de mon oreille
Ces phrases qui déphasent
Ces stocks qui démoquent
Ces chocs qui se destockent
Syllabes découpées
Syllabes ciselées
Syllabes échangées
Ces sons dans la gorge
Ces sons qu’on égorge
Cessons les mots nouveaux
Ce sont ces mots de trop
Qui tiennent pourtant à cœur
Jamais connus par cœur
Ceux de tous ces fous
Cailleboux hichoux il joue
Emmaillotés
Entre-tirets
Qui s’aiment
Et sèment
Le vent panique
Le fantastique
Le mausolée
De l’isolée
La langue la gangue,
Exsangue harangue
Les clichés type
Les caryotypes,
S’emballe déballe
Détale étale
Ce trop quoi dire
En comment fuir
L’étrange langage
Si fol bagage
Qui fait si chic
Et met musique
En mode diptyque.

@Avril 2016

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