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Je suis Jessica. Avant tout maman, et amoureuse. Ensuite artiste et aussi autiste. Je suis heureuse, mais le chemin vers ce bonheur ne fut pas une simple ligne droite, voilà pourquoi j’ai envie d’aider à offrir un monde meilleur aux autistes afin qu’eux aussi puissent offrir le meilleur d’eux à ce monde. De ce partage nous ressortirons tous gagnants.

Jessica 0.0

Enfant seule, obsédée par les rythmes, les séquences, les séries, les détails, les mots, les livres et les équations. Jessica n’avait pas d’amis. Elle tombait sur les nerfs de ses professeurs par son côté pointilleux, son désir de tout corriger et son entêtement à vouloir réparer, ordonner et classifier. Née sans habiletés sociales, non seulement elle ne savait pas entretenir une conversation adaptée aux enfants de son âge, c’est à dire, un échange basé sur le jeu, mais en plus elle avait une démarche bizarre, raide et pas très engageante. Son hypersensibilité la faisait pleurer dès que le plus petit événement la bousculait. Surdouée académiquement, elle était absolument sous-douée socialement et physiquement. Les écoles n’étant pas encore très alertes face à l’intimidation, sa scolarité fut une longue torture, de la maternelle jusqu’au début du secondaire. Elle tenta bien d’imiter les autres enfants et de masquer ce qu’elle était, mais c’était peine perdue.

Jessica 1.0

Jessica découvre les arts ainsi que l’informatique. Elle réalise que son côté étrange est plus facilement accepté (lire toléré) dans la communauté artistique. Par contre, elle ne sait toujours pas développer d’amitiés (en ressent-elle vraiment le besoin ?) et il lui arrive même de se faire demander de cesser d’adresser la parole à des personnes desquelles elle se rapproche. Ce n’est toujours pas gagné… Par contre, tranquillement, elle découvre qu’il peut y avoir un certain plaisir à être souriante et que cela lui permet d’être moins rejetée.

Jessica 1.0 et trois quarts….

La naissance de son premier enfant lui fait réaliser qu’elle ne sait pas aimer. Elle se consacre donc corps et âme à l’apprentissage de comment être une mère parce qu’elle croyait que c’était inné, mais ce n’est pas du tout le cas. Comme une formule mathématique, elle applique les principes de la bonne parentalité. Câlins, chansons, caresses, alimentation saine, stimulation intellectuelle pour l’enfant, elle tente de tout bien faire à la perfection et pouf !!! Tout à coup elle aime pour la première fois de sa vie. Suite à ses efforts, le bébé, après de longs mois, lui a débloqué l’amour. Son cœur est donc ouvert enfin et elle rencontre ensuite l’homme qui deviendra son amoureux et le papa des trois merveilleux enfants. Jessica est bien, elle est aimée, entourée, appréciée et a un métier qu’elle aime, mais il lui manque encore quelque chose. Elle ne s’aime pas elle-même, mais alors pas du tout. Elle ne se comprend pas.

Jessica 2.0

Jessica est dans la fin de la trentaine, elle arrive enfin à se faire des amis. Pas des tonnes, mais des vrais. Puis elle se donne une chance. Une chance de comprendre ce qui cloche chez elle, pourquoi elle doit toujours lutter en permanence pour offrir une performance quasi normale devant les gens, pourquoi elle a de la difficulté avec des choses si simples alors que d’autres tâches, qui sont complexes pour la majorité des gens, lui sont d’une facilité déconcertante. Pourquoi est-ce que contrôler son corps, sa tête, ses mots, c’est toujours une torture ? Pourquoi ne peut-elle pas relâcher sa vigilance un seul instant au risque d’agir de manière non conventionnelle. Pourquoi voit-elle des mots au-dessus de la tête des gens ? Pourquoi doit-elle tout compter, calculer, organiser, séquencer ?

Jessica apprend qu’elle est autiste de type Asperger et c’est une nouvelle étape qui commence…. Elle se sert de ses traits particuliers pour développer son côté artistique, se lance à fond dans la photographie de dés (un intérêt spécifique), commence à écrire, s’ouvre enfin vers les gens qui lui faisaient peur. À son club photo, on lui dit même que c’est comme si cette année, elle était née. Elle se sent un peu comme ça, en train de grandir enfin.

Ce petit récit, c’est pour expliquer le soulagement vécu à enfin recevoir le livre d’instructions de ma tête. Je suis comme une bibliothèque montée sous forme de table, ça tient, mais c’est fragile et pas du tout optimal. Je dois tout déconstruire pour me reconstruire en mieux. Je me donne pour la première fois de ma vie la permission d’être moi avec tout ce que ça implique. Je fais tomber mes murs. Oui, ma différence sera plus visible, parce que je mettrai moins d’énergie à la contrôler, mais je réalise que j’ai totalement sous-estimé les neurotypiques, parce que les gens me prennent comme je suis. Puis ils sont d’une gentillesse incroyable. C’est moi qui ai décidé de tout cacher si longtemps alors que j’avais le droit d’être moi, simplement. Maintenant, je veux faire une différence. Je veux informer, pour donner la chance à d’autres de se reconnaitre potentiellement et aussi donner la possibilité aux neurotypiques de nous comprendre un peu plus.

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