Je m’appelle Stéphanie.
Je suis née un 6 juillet, dans la ville de Toulon, en France. C’était un dimanche, il était 12h00. Je pesais 2,4 Kg. Si j’avais su que la vie allait être ainsi, je serais restée dans les étoiles. Humm… tout le monde se dit cela, n’est-ce pas?
Je me suis toujours sentie différente des autres et on m’a souvent dit que j’étais farfelue et complexe. En même temps, je suis très calme et disciplinée la majorité du temps. Continuellement dans un paradoxe, je me suis sentie si souvent incomprise par les autres, en ayant l’impression de venir d’une autre planète. En 2017, à l’âge de 37 ans, j’ai reçu mon diagnostic d’autiste Asperger. J’ai pu enfin avoir des réponses en retrouvant la famille dont je me sentais séparée au fond de moi et enfin me faire reconnaître pour qui je suis. Pendant mes démarches, j’ai rédigé un journal sur une année : Je m’appelle AnonyMOM, qui décrit mes difficultés au sein de la psychiatrie. J’ai vécu une erreur de diagnostic qui m’a laissé des traces que je ne peux pas nier. Les erreurs de diagnostics ne devraient pas exister !
Je suis arrivée au Québec à l’âge de 19 ans pour trouver de meilleures conditions de travail et sociales. J’ai obtenu un diplôme collégial en Design d’intérieur en 2003, mais je n’ai jamais vraiment travaillé dans cette industrie. En 2004, j’ai eu ma fille, avec laquelle je vis seule depuis qu’elle à 3 ans. Nous sommes à l’antipode l’une et l’autre dans nos personnalités, mais nous nous complétons très bien et je ne pourrais jamais vivre sans elle. C’est ma petite Croquette et je pourrais presque dire que nous nous éduquons mutuellement. Sans ma fille, je ne sais pas si je serai encore ici.
Je travaille comme secrétaire-comptable dans le milieu des centres de la Petite enfance depuis 10 ans. Même si j’ai souvent changé d’emploi, j’ai réussi à me trouver une place dans un endroit qui respecte mes valeurs. Pour moi, les enfants c’est l’avenir, il faut en prendre soin. Je suis autodidacte, c’est ainsi que j’ai appris le soutien administratif et j’arrive à faire facilement les choses que j’aime en général. Je serai capable de préparer un buffet pour 40 personnes, fabriquer du pain et des pâtisseries, tout comme je pourrais rénover une salle de bain, peindre un tableau, faire des montages vidéo, écrire des textes. J’aime observer et ainsi j’apprends, mais il faut me laisser aller et me faire confiance. Ma force c’est mon adaptation, mais c’est aussi ma faiblesse. L’art du camouflage est épuisant, voir dangereux ! Ne plus être soi est la pire des choses sur terre et on peut en tomber très malade. Je l’ai vécu. On devient autre pour les autres, pour faire comme tout le monde et je n’en ai plus envie. Mais pour continuer à vivre dans ce monde, il faut avoir une panoplie de personnalités en se dupliquant en permanence. Muriel c’est mon deuxième prénom et personne ne s’en rappelle. J’ai peur de ce monde. Alors pour ne pas perdre espoir, avec ma fille nous nous amusons à faire des vidéos humoristiques parfois.
J’aimerais partager mon expérience et mes connaissances. Je me suis longtemps intéressée aux mystères et aux croyances, l’impact que cela a sur la société. J’aime la philosophie, la psychologie et les questions existentielles, en me demandant tous les jours comment ce monde chaotique et incohérent pourrait aller mieux. J’ai appris à essayer de laisser aller mais ce n’est pas facile parfois. Écrire m’aide… J’ai commencé à écrire fin 2016 des sortes de poèmes et rimes sarcastiques, sur le portrait de notre société. J’essaie de rédiger d’autres textes dont un qui me tient à cœur concernant l’argent, sa conception psychologique et les problèmes mondiaux que cela engendre. Mes démarches ne sont ni politique, ni religieuse, mais auraient pour but que le monde soit meilleur. J’aimerais seulement développer ce sujet avec transparence, de façon impartiale et presque scientifique à travers ma propre vie, à travers ma propre expérience de travail et mon lien avec l’autisme. Je m’intéresse aussi beaucoup à la théorie de l’esprit et j’essaie de la comprendre. Je voudrais faire des liens avec celle-ci, car elle est importante dans la vision autistique et parce que je vois la différence que cela créé entre notre monde et celui des neurotypiques, un monde qui pourrait être unifié. Je désirerais vivre dans un monde moins fermé et avec moins d’œillères, que ce soit pour les autistes mais aussi pour toutes les personnes vivant sur terre. Nous sommes tous des humains. Je suis persuadée que, même si l’unanimité ne l’emporte presque jamais, il doit y avoir au moins un point commun que tout le monde partage : celui de se nourrir et de se loger dans la dignité. C’est peut-être sur ce point commun qu’existe la clé avec laquelle, tous, nous nous mettrons d’accord peu importe la race, la religion, le sexe, l’handicap, la différence visible ou invisible.
Je ne pense pas changer le monde d’où je me trouve, mais j’aime faire réfléchir les autres, leur ouvrir l’esprit, s’ils le veulent avec moi.
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